pour Forrest

Il y a deux ans, je rencontrais Forrest, en revenant, par nécessité, à un travail d’éducateur quitté depuis longtemps. Entre nous s’est tissé un lien profond, fait de gestes simples, de potager, de musique, de bois traversés, de rires et de pleurs.

Forrest vivait à vif, punk radical, fragile et indocile, bricoleur, errant, refusant les cadres. Nous sommes partis le même jour : il partait en Allemagne, je redevenais artiste à temps plein. Ce jour-là, j’ai réalisé dix portraits, trace de notre rencontre.

Quelques mois plus tard, j’apprenais sa mort.

Son parcours, marqué par l’exclusion, dit notre incapacité à accueillir certaines existences. Je souhaite construire ce projet pour lui, à partir de ce qu’il reste : ses trajectoires, ses radicalités, les dix portraits que j’ai de lui, ses prénoms - Forrest Kenny John Wayne - et ces forêts où il aimait dormir, les lieux où je l’ai vu. Ce travail se nourrira aussi des mots des autres qui l’ont connu.

Ce projet est une tentative de suivre ce qui m’échappe, ce qui nous échappe. Une tentative de me déplacer dans ses espaces, ses modes de vie, ses intensités. D’explorer ce qui, dans son existence, a résisté à toute forme de réduction. Il s’agit d’un hommage autant que d’une critique, interrogeant les conditions qui rendent certaines vies invisibles ou impossibles.